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Date de création : 15.01.2018
Dernière mise à jour : 18.04.2024
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L'âme d'un communiste ou d'un artiste ?

L'âme d'un communiste ou d'un artiste ?

 

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L’âme d’un communiste ou celui d’un artiste ?

par Nguyễn Hữu Hồng Minh, poète, éditeur, peintre, et fils de cet autre poète, Đong Trình. 

Texte en vietnamien : Trái tim cộng sản hay người nghệ sĩ ?

 

 

L’âme d’un communiste ou celui d’un artiste ? par Nguyễn Hữu Hồng Minh

 

 

Écrire sur Trinh Công Son semble aisé, mais en vérité c’est difficile. Il est facile de dire que, dans son œuvre musicale, il semble que tout a été dit. L’Amour, la condition humaine, la couleur de la peau, la guerre…

Cependant, l’exercice est parfois ardu pour certains articles réexaminant ces problèmes, comme celui de sa personnalité. Cela provoque d’énormes remous parce que leurs auteurs eux-mêmes étaient de ses amis intimes à son époque, donc autant jeter de l’huile sur le feu dans l’opinion publique.

Dans les limites de ce document, je voudrais m’attarder sur le nouveau matériel que je viens de trouver dans les archives de ma famille.

Ceci pour enrichir l’aperçu de la personne et de la personnalité de Trinh Công Son. Cela pourra paraître subjectif, mais au moins des témoins survivants contribueront-ils à enrichir cet aperçu de ce grand musicien.

 

Trịnh Công Sơn, « une illumination révolutionnaire »(selon l’expression de Nguyễn Đắc Xuân) ?

 

Trinh Công Son était-il communiste ? Cette question posée, certains la considèreront comme offensantes. Cependant, il y a assez de faits concernant l'homme, son œuvre et sa vie pour s’en tenir à cette limite.

La question la plus sujette à controverses est de savoir si Trinh Công Son lui-même a écrit une lettre au poète Ngô Kha, que beaucoup de gens connaissent sous le qualificatif de « Lettre à une personne emprisonnée ou supprimée ». L'original de la lettre est toujours conservé dans les archives de la famille du traducteur Bửu Ý à Huê. Le premier éditeur de cette lettre sur la scène littéraire et artistique du pays fût le poète Lê Minh Quôc, dans son livre « Trinh Công Son, Des larmes pour vous bercer­­ « (éditions « Femme », 2001).

Ensuite, la lettre est parue dans le journal Thơ « Poésie », supplément du journal Van Nghe (L’Art) de l’Association des écrivains Vietnamiens, dans son édition du 12.6.2004, à l’initiative du poète Nguyên Trong Tao. L’affaire a éclaté dans le Thanh Niên (« Journal de la jeunesse » - n ° 178, du 26 juin 2004) lorsque le poète Thái Ngọc San, un ami proche de Trinh Công Son, a posé la question « La lettre du musicien Trinh Công Son envoyée au poète Ngô Kha et imprimée dans la revue Thơ, est-elle authentique ? » 

Certaines questions posées par l’article concernent le moment où la lettre aurait été écrite (1974), car à cette époque Ngô Kha avait déjà été exécuté, alors comment aurait-il pu recevoir la lettre de Trinh Công Son ?
Nul besoin d’avoir le nez fin, les fans de la musique de Trinh pouvaient d’eux-mêmes remarquer que la lettre de Trinh Công Son comportait de nombreuses expressions politiques totalement étrangères à la langue philosophique dense, riche en images oniriques magnifiques qui traverse toute sa musique. Voire des formations langagières bizarres dignes de politiques, telles que « détruire la liberté de pensée », « peuple collectif », « structure organisationnelle » qui apparaissent dans la lettre.

Le chercheur Nguyên Dac Xuân a demandé « dans quelles circonstances Trinh Công Son est-il devenu tellement « giác ngộ cách mạng » (s’est-il révélé soudain si révolutionnaire ? »  Perturbé, Xuân est allé trouver le journaliste Nguyên Quôc Thai, l’éditeur et l’imprimeur des quelques numéros de Đứng Dậy (Réveillez-vous), ronéotypés et diffusés à l’occasion de la Noël 1974. Ce fût le point de départ de « la Lettre envoyée à Ngô Kha » de Trinh Công Son.

Toujours dans le journal mentionné ci-dessus, on trouvait aussi la proclamation des professeurs et artistes de Huê concernant l'arrestation de Ngô Kha en 1972. En particulier, il y avait la « Requête pour mon fils » de Cao Thi Uân, mère de Ngô Kha, datée du 25 décembre 1974 et envoyée au président de la République du Viêtnam, et de nombreux autres écrits. Nguyên Quôc Thai a dit à Xuân ce qu’il savait, et que s’il voulait en savoir davantage sur les circonstances dans lesquelles Trinh Công Son a pu écrire à Ngô Kha, il ferait mieux de questionner Lê Khac Câm.

Lê Khac Câm, un intellectuel membre du noyau dirigeant du Comité du Parti à Huê, a répondu à Nguyên Dac Xuân à propos de cette affaire :

 (…)

« Peu après les accords de Paris du 27.1.1973, Ngô Kha a été enlevé et a disparu. Certains intellectuels craignant d’être découverts rejoignirent la clandestinité (thoát ly, quitter sa famille pour rejoindre le mouvement révolutionnaire), les autres éléments devaient « se planquer » ou changer de zone. Et le mouvement révolutionnaire en ville s’est calmé. À la fin de 1974, Ngô Kha ayant été arrêté depuis près de 20 mois, on n’en avait aucune nouvelle. J'ai discuté avec Trinh Công Son et Trân Viêt Ngac pour trouver un moyen de rassembler des « tiers » (la troisième force ou composante) afin d’arracher la libération de Ngô Kha, provoquant un regain de climat combatif.

« J’y suis tout à fait favorable. »  Les abonnés de Đứng Dậy à Saigon ont appuyé Huê pour la confection d'un numéro spécial sur le sujet de la libération de Ngô Kha. Nous nous sommes partagé les tâches. Trinh Công Son écrivit « La lettre à une personne emprisonnée ou supprimée » et le projet de « proclamation des professeurs et des artistes de Huê à propos de l'arrestation de Ngô Kha ». Cette proclamation a recueilli près de 50 signataires de la « troisième composante » Le premier à signer fût le peintre Vinh Phôi, le second le peintre Dinh Cuong, le troisième l’écrivain Buu Y. Le dernier était Trinh Công Son... »

J'ai alors demandé : Trinh Công Son et toi avaient défendu et mis en œuvre le sommaire du numéro spécial du journal de lutte pour la libération de Ngô Kha. Alors, Trinh Công Son était-il révolutionnaire ?
Lê Khac Câm m’a déclaré : « C'est très difficile à dire. Mais Son savait que j’étais membre du Parti communiste. Travailler avec moi signifiait travailler pour la révolution. » 
Le contenu de cet échange a été publié par Nguyên Dac Xuân dans la revue « Sông Hương » (La rivière des parfums).

Presque éliminé

 

Dans mes archives familiales, il existe un document éclairant « la chose très difficile à dire » de Lê Khac Cam, membre du parti communiste de la ville de Huê, et personne « giác ngộ » (ayant accédé à « l’éveil » révolutionnaire), qui assurait « la tutelle » de Trinh Công Son ce jour-là. Ce matériel est presque complètement contraire à ce que Trinh Công Son a écrit dans sa Lettre envoyée à Ngô Kha. Cette lettre, il a été contraint de l'écrire ou on lui a dictée, seules les quelques personnes impliquées dans cette affaire le savent bien. Mais ce qui en fût révélé plus tard, fût l’exact contraire.

Le 25 octobre 1974, l'église bouddhiste unifiée du Viêtnam, église provinciale de Quang Nam, a organisé une conférence et invité deux orateurs principaux, Trinh Công Son et mon père, le poète Dong Trinh, à la pagode Pháp Bảo de Hội An. C’était en journée, l’invitation du Vénérable Thich Long Tri, directeur adjoint du Département de l’Intérieur de la pagode Pháp Bảo, indiquait clairement que c’était dans le cadre « d’une activité culturelle dans un esprit de réconciliation nationale » et que les organisateurs « seraient comptables de tous les accrocs qui pourraient survenir à nos chers amis (coreligionnaires) dans la localité » 

Les détails cités dans l'invitation ci-dessus, montraient une situation très chaude et stressante pour converser. Ce fût un moment plutôt sensible. Les artistes devaient exprimer franchement leurs opinions politiques sur les évènements, et élever la conscience révolutionnaire. En d'autres termes, leurs discours avaient été profilés par les communistes et mis en scène. Et ils avaient recours au prestige des artistes pour le combat, sous couvert de « réconciliation nationale ».

Avant cela, bien sûr, il y avait l'idée de guider et de cadrer l'attitude de Trinh Công Son, spécialement par la Lettre envoyée à Ngô Kha brûlant d’esprit révolutionnaire.
Mon père, le poète Dong Trinh, et Trinh Công Son avaient deux styles créatifs plutôt différents.

Quand Trịnh écrivait : « Đại bác đêm đêm dội về thành phố. Người phu quét đường dừng chổi lắng nghe » (Le son du canon nuit après nuit résonne sur la ville, le balayeur arrêtant de balayer écoute attentivement), mon père, lui, écrivait « Lót ổ cho đại bác » (Doublez le nid du canon – autrement dit « Le canon nettoie le terrain »). Son point de vue pouvait se résumer à « Tirez donc sur moi à bout portant ». Cette nuit-là, mon père a lu (des poèmes, dans lesquels) il croyait que le jour de la libération et de l'unification du pays n’était pas loin.

Tout le monde pensait que Trinh Công Son se comporterait aussi ainsi ! Mais non ! De façon totalement inattendue, en public, Trinh Công Son s’est révélé comme quelqu’un de totalement différent. Il a chanté des thèmes généraux anti-guerre. Il s’est absolument soumis aux consignes, avec des chansons comme « Người con gái Việt Nam da vàng (Fillettes vietnamiennes à la peau jaune) « Hát trên những xác người » (Chanter sur les cadavres), « Ra đồng giữa ngọ « (midi dans les champs), « Đại bác ru đêm « (le son du canon berce la nuit).

Les chansons de Trịnh ne révélaient pas clairement de distinction entre « nous » et « l’ennemi ». Entre « justice (juste cause) » et « inhumanité (activité contre-révolutionnaire) ». Il disait que la mort sur n'importe quelle ligne de front représentait des pertes insupportables et des souffrances pour tout le monde. Que la mort est la mort. Qu’il n'y a pas de frontières et absolument rien de rose dans la mort. Qu’il fallait arrêter la guerre pour apaiser les souffrances des gens.

La présentation de chansons anarchiques, sans objectifs précis, comme celles de Trinh, était préjudiciable au programme (communiste). Mon père déclara que le problème était d’autant plus grave ce soir-là, qu’on entendait les combattants protester contre Trinh Công Son et réclamer son départ pour Huê immédiatement. Son a également exprimé des opinions personnelles, comme quoi il croyait que l’idée l’apparition des communistes ne signifiait pas que tous les gens du Sud les aimaient.

Et il s'est opposé à cette occasion au musicien Tôn Thât Lâp, lequel voyageait à travers les pays socialistes d'Europe pour promouvoir l'image du Viêtnam communiste. Trinh a dit à Lâp :

« Si tu prétends que tous les Vietnamiens aiment le communisme, c’est faux ! Par contre ils aiment la liberté et la paix, ça c’est sûr ! » 

Cette histoire devenait problématique et stressante au point qu’on a pesé le pour et le contre :

« Il faut le tuer de suite, ce gars-là on ne pourra pas l’utiliser ! »

La personne désignée pour cette mission se nommait Dung. Et il avait donc prévu de le tuer dans la nuit sur la route de Huê quand il traverserait le col de Hai Van, mais comme il y avait les dispositions prises par le vénérable Tích Long Trí, comme exposé plus haut, le complot a été annulé.

Ce soir-là, Trinh Công Son est resté à Hoi An et le lendemain matin il était en sécurité à Huê. Si cette nuit-là Son était parti, alors nul ne sait ce qui lui serait arrivé.

En écrivant cette affaire de mémoire selon le récit que m’en a fait mon père, je voulais consigner honnêtement cette histoire concernant un compositeur de génie. 

Proche de la perfection créatrice, il a rejeté toute contrainte et directive, voire même, il a toujours cherché à s’y opposer. De nombreux artistes ont été utilisés en toute inconscience par les politiques.

Et c’est l’âme pure qu’ils abordaient la douleur humaine, la confusion du sentiment amoureux face aux épreuves et aux dangers. Aussi, leur œuvre brule d’une flamme qui ne meurt jamais quand il arrive que leur âme rencontre l'âme humaine.

 

L'article expose les vues de l'auteur Nguyên Huu Hong Minh, qui vit présentement à Saigon.

 

 

Le 3 avril 2013

 

 

 

 

 

 

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